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LE REFUGE EN MéDITERRANéE


Emmanuel Hocquard

Les coquelicots


Une grammaire de Tanger III
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cipM, avril 2011
ISBN : 9782909097879




Emmanuel Hocquard a été accueilli en résidence à l'institut français Tanger Tétouan durant trois mois de l'année 2006.

-

Extrait :

Le chiens de nuit à Marrakech

Il y a longtemps, dans les années 80 ou 90, j’avais contribué à la sélection de la délégation française qui devait participer à un colloque international de poètes à l’université de Marrakech. Ce colloque, qui se déroulait durant les journées, était, comme la plupart des colloques d’écrivains internationaux, ce genre de réunion où les mêmes participants se retrouvent périodiquement, en divers points du globe (comme les gens de la Jet Set). On sait par avance ce qu’ils vont dire et ils le disent. C’est la loi du genre.

L’équipe de France, donc, était logée hors de la ville, non loin de la Palmeraie (ou ce qui en restait), dans un pavillon du Palais de l’Électricité, un complexe touristique d’État (genre Club Med ou Centre de vacances soviétique pour ouvriers méritants) réservé aux fonctionnaires de la Compagnie Générale d’Électrité du Maroc qui pouvaient venir y passer leurs congés en famille. Au milieu de jardins luxuriants et fleuris, l’endroit était accueillant et confortable.

C’est là que fut tourné de nuit, dans ma chambre, sans caméra ni pellicule ni micros, un western d’avant-garde, La blonde et le Satrape, (reprise très simplifiée de l’Enlèvement au Sérail), qui n’a pas marqué l’histoire du cinéma. Joseph Guglielmi était chargé du scénario, qu’il improvisait au fur et à mesure des prises. Jacqueline Risset (pas Bisset) jouait le rôle de la Blonde. Claude Esteban était assistant réalisateur. Le Satrape était incarné par un écrivain irakien très charmant qui occupait la chambre voisine et qui, à défaut de pouvoir dormir à cause du raffut que nous faisions, avait demandé à se joindre à nous et à tenir un rôle dans le film. À deux heures du matin, le tournage bouclé, j’ai viré toute l’équipe de chez moi et ouvert la fenêtre pour aérer la chambre avant de me mettre au lit. Cette nuit-là, malgré la fatigue, je n’ai pas beaucoup dormi. À cause des chiens (variante marocaine des coyotes californiens).

Les chiens marocains de la campagne sont de l’espèce “chiens jaunes”. Faméliques et pelés, ils ne sont ni tout à fait sauvages ni tout à fait domestiqués. Je n’ai jamais compris à quoi ils servent. Ce ne sont ni des chiens de compagnie ni des chiens de garde parce que dans les douars où ils vivent il n’y a rien à voler. De toute façon les haies de figuiers de barbarie qui entourent les habitations sont beaucoup plus dissuasives que ces créatures fantomatiques, craintives quand on leur fait face et hargneuses dès qu’on leur tourne le dos. Quoiqu’il en soit, ils sont là ; et ils se manifestent surtout de nuit.

Cette nuit-là fut remplie de leurs aboiements ininterrompus. Ils s’appelaient et se répondaient incessamment de douar en douar. Mais loin d’être déplaisante, cette polyphonie aléatoire était captivante. Elle dilatait l’espace nocturne et s’insinuait si bien en moi que j’avais la sensation, presque cosmique, que mon coeur lui-même se dilatait et battait paisiblement en tout point de cet univers sonore.

Je ne conserve aucun souvenir du colloque, mais je n’oublierai jamais les chiens de nuit à Marrakech. Comme les coquelicots, ils n’ont aucune fonction, mais ils sont toujours là, comme une image sonore, présents, révélateurs de quelque chose d’évident que je ne comprends pas.

Souvent, la nuit, ils me manquent.



épuisé




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